du Pech du Cayrol

du Pech du Cayrol

Braque du Bourbonnais

Requiem pour nos races ? première partie

Merci à Michaël Comte d'avoir déniché cet article en deux parties.



February 20, 2018Dog Willing





L'autre jour, j'ai eu une conversation intéressante avec mon ami Xavier Thibault. Xavier est un dresseur professionnel et, comme moi, il est passionné par les races françaises de chiens d'arrêt. Notre discussion tournait autour des problèmes auxquels de nombreuses vieilles races françaises sont confrontées de nos jours. Il semble que l'une de mes déclarations ait provoqué cette réflexion que Xavier a mise sur Facebook le lendemain :"Je me permets ces quelques mots couchés avec le cœur sur du papier glacé; ce ne sont que quelques mots donnant suite à une conversation d’outre-Atlantique. Juste une phrase résumant ma pensée, juste une phrase résumant l’état des lieux. Cette phrase c’est celle-là :

Le problème avec les Français est qu'ils ne se rendent pas compte qu'ils ont de vrais trésors entre les mains. Ils convoitent ce qui vient de l'extérieur alors que les plus belles races de chiens d'arrêt ont été créées en France. Aujourd'hui, ces races sont malheureusement tombées dans l'oubli dans leur propre pays. 

C'est une phrase sans a priori de club, de profession, de passion; une phrase vue et dite par des yeux extérieurs. Sommes-nous aveugles pour ne pas voir ce trésor cynophile que représentent nos vieilles races? Sommes-nous aveugles au point de nier les qualités sur le terrain de ces races fabriquées, façonnées tels des outils précieux par des maîtres artisans afin d’en faire l’outil parfait alliant la justesse du terrain à l’avidité du gibier? Sommes-nous aveugles de laisser ce patrimoine unique s’évader hors de France ou disparaître?

Nos vieilles races nous appartiennent, elles font partie de nous, de notre mémoire collective de chasseur, celle où l’on partait à pied aux premières lueurs du jour traquer la caille ou le perdreau, d’un temps révolu où peu importait la vélocité, mais où chasser voulait encore dire quelque chose, ce temps révolu où chacun vantait les qualités de son chien de « terroir ».

Pourquoi bannir de nos mémoires ce trésor culturel, pourquoi bannir à tout jamais cette exception française? Le simple plaisir de recréer cette race jadis disparue, flatter un ego en ayant l’impression d’être le maître d’une race? N’aurions-nous pas mieux à faire que d’éviter la disparition de ce « trésor »?

Aujourd’hui, chacun croit détenir la vérité, alors que la vérité réside dans l’utilisation de nos races. Elles ne sont ni moins bonnes ni meilleures, juste adaptées à un mode ou à une pratique de chasse. Quel plaisir que de voir chasser nos vieilles races en évaluant le style et la passion de chaque chien! Quel plaisir pour certains de voir leur race de cœur évoluer dans le milieu, ou la région, pour lequel elle a été créée! Doit-on sacrifier ce trésor sur l’autel du toujours plus vite, toujours plus loin? Doit-on le sacrifier à la mode? Nos races font partie de nous, comme notre passion.Est-ce si important de savoir qui a le meilleur, le plus beau, le plus...?

N’est-ce pas plus important de savoir d’où nous venons et surtout où nous allons? Aujourd’hui, certaines de nos belles races vivent sous perfusion tiraillées par l’esprit de clocher pour certains, le corporatisme pour d’autres, le financier pour beaucoup. Quand je vois dans certaines revues nos vieilles races bafouées par de pseudo-journalistes plus adeptes du « on m'a dit » que du « j’ai vu et je peux conclure que » sans aucune réaction de quelque côté que ce soit, mon cœur saigne de ces pseudo-vérités.

N’y a-t-il pas en ce bas monde des gens de cœur, des chasseurs ou des éleveurs sans arrière-pensée, sans ego démesuré, pour permettre à ce « trésor » de reprendre sa juste place en nos campagnes bourbonnaises, nos montagnes de l’Ariège, nos forêts franciliennes...? Nos vieilles races sont-elles vouées à rester dans les seules mains d’initiés à la motivation douteuse, de passionnés à la passion exclusive, et à disparaître? Ou doivent-elles se répandre au même titre que notre gastronomie, au même titre que notre savoir-faire?

La cynophilie se professionnalise, elle devient de plus en plus contraignante; doit-on sacrifier nos races sur l’autel de la rentabilité ou doit-on simplement se dire « cette race fait partie de mon patrimoine comme il en a été de mon père et de son père bien avant lui »? Nos races petit à petit partent vers d’autres horizons, voire d’autres continents; quel sera l’avenir, celui de l’importation où nous pleurerons nos qualités disparues ou ce point de standard si particulier?"

Quand j'ai lu les mots de Xavier, je me suis rendu compte que c'était peut-être la première fois que quelqu'un de l'extérieur de la France partageait ses pensées sur l'état précaire de certaines des races françaises. C’est ce qui m'a inspiré à réfléchir aux solutions possibles aux problèmes en France, problèmes qui sont également observés dans d'autres pays.

Tout d'abord, il est important de comprendre que les Français luttent depuis longtemps pour se réconcilier avec leur héritage en tant qu'éleveurs de chiens. Pendant plus de cinq siècles, les chasseurs français de diverses régions ont élevé des chiens parfaitement adaptés aux conditions locales. Certains de ces chiens ont fait leur chemin vers d'autres pays et sont à la base d'autres races de chiens d'arrêt. Puis, au début des années 1800, il y eut une sorte d'« invasion britannique » de la France lorsque des Pointers et des setters nouvellement importés capturèrent le cœur d'un grand nombre de chasseurs français. Par conséquent, certaines vieilles races françaises ont fini par disparaître et d'autres ont à peine réussi à survivre. J'ai écrit un article sur cette période de l'histoire du chien d'arrêt ici. 



Aujourd'hui, les Français sont toujours attirés par des races qui viennent de l'extérieur de leurs propres frontières. Le Setter Anglais est maintenant la race la plus populaire en France parmi les chiens d’arrêt. Eh oui, une race indigène française, l'Épagneul Breton est encore en bon état, mais les éleveurs d'épagneuls de Pont-Audemer, de braques Saint-Germain et de braques de l'Ariège luttent pour produire quelques dizaines de chiots par an.

Cependant, les Français ne sont pas seuls. Les Anglais montrent aussi un vif intérêt pour les races étrangères et ils ont aussi plus ou moins abandonné leurs races de setters et le Pointer. En fait, le Setter Anglais, si populaire dans de nombreux pays du continent, a été déclaré « race indigène vulnérable » par le Kennel Club. Le setter Gordon, le setter irlandais rouge et blanc sont également sur cette liste. Par contre, presque 2 000 braques de Weimar, 1 500 braques allemands et près de 20 000 cockers sont enregistrés en Angleterre chaque année. Et la tendance n'est pas récente. Vers la fin des années 1500, le docteur Johannes Caius a écrit : « Il y a aussi aujourd'hui une nouvelle race de chien qui vient de la France (car nous, les Anglais, sommes des gloutons avides de nouveautés et des cormorans voraces de choses rares, inconnues, étranges et difficiles à obtenir). »

Aux États-Unis, les races les plus populaires viennent toutes de l'extérieur. Le Labrador, le Berger Allemand et le Golden Retriever occupent les trois premières places parmi toutes les races et le Braque Allemand est le plus populaire parmi les chiens d'arrêt. En Italie, le Setter Anglais vient au deuxième rang des races les plus populaires, juste derrière le Braque Allemand. En fait, jusqu'à 20 000 Setters Anglais sont enregistrés en Italie chaque année, plus que toutes les autres races de chiens d'arrêt confondues! Les Italiens produisent également chaque année environ 3 000 Pointers et plusieurs centaines de Setters Irlandais et Gordon. Contrairement aux Français et aux Anglais, les Italiens n'ont pas complètement tourné le dos à leurs chiens d'arrêt autochtones. Ils enregistrent environ 750 Braques Italiens et 550 Spinone chaque année.

L'Allemagne, d'un autre côté, est une sorte d'aberration. Non seulement est-ce que les Allemands élèvent moins de chiens par habitant que beaucoup d'autres pays, mais quand il s'agit de chiens d'arrêt, ils semblent préférer leurs propres races nationales. La race la plus populaire parmi les chasseurs allemands est le Deutsch Drahthaar, suivi par le Braque Allemand et le Petit Munsterlander. Bien sûr, les autres races de chien d'arrêt existent en Allemagne aussi et il y a même un club allemand pour les chiens d'arrêt français, mais les chiffres sont minuscules. L'année dernière, un total de 23 Épagneuls Bretons y ont été enregistrés. Curieusement, la race de chien d'arrêt non indigène la plus populaire en Allemagne est le Setter Irlandais, avec environ 350 inscriptions chaque année. Le Setter Anglais qui était assez populaire en Allemagne dans la dernière moitié du 19e siècle est maintenant à peine sur le radar avec une moyenne de seulement 75 enregistrements par an.

Alors, quelle est la solution? Quel avenir pour les vieilles races? Comment les Français (et les Anglais) peuvent-ils promouvoir, améliorer et finalement sauver leurs vieilles races? Pour le savoir, lisez mon blogue la semaine prochaine. Je vais explorer les défis et les possibilités dans la deuxième partie de cet article. 





 


 




 

Requiem For Our Breeds Part 2

Requiem For Our Breeds Part 2

February 28, 2018Dog Willing





In Part 1, I explained that a number of French and English pointing breeds are in dire straits in their own homelands. In this article I would like to take a closer look at the situation in France. 

Currently, nearly 225,000 dogs are registered annually in France, about the same number as are registered in the UK, and three times the number of annual registrations in Germany. In America, AKC registrations are in free fall, but in France, the numbers continue to rise. Clearly, the French love pedigreed dogs and French hunters love hunting over pointing dogs. In fact, France is the only nation on the planet where over 30 different foreign and domestic pointing breeds are available locally. Breed registration statistics published by the French kennel club also reveal that in almost every FCI group, the top three breeds are foreign. 

Top Three Breeds per FCI Group

Group 1:
 German Shepherd, Malinois,  Australian Shepherd. 

Group 2: Bernese Mountain Dog, Cane Corso, Boxer. 

Group 3: Yorkshire terrier, American Staffordshire Terrier, Jack Russel Terrier

Group 4: Dachshund

Group 5: Siberian Husky, Spitz, Samoyed

Group 6: Beagle, Basset Hound, Basset Fauve de Gascogne

Group 7: see detailed list below

Group 8: Golden Retriever, Labrador, Cocker Spaniel

Group 9: Cavalier King Charles Spaniel, French Bulldog, Chihuahua

Group 10: Whippet, Italian Greyhound, Borzoi

Group 7: (approximate average annual registrations 1969-2016  *French breeds)

1000+/year 

English Setter 4600

*Brittany 4500

GSP 1800

Pointer 1400

Weimaraner 1200

*Griffon 1200

500+/year

GWP 900

Gordon Setter 800

*French Spaniel 600

*Braque Français 500

Small Munsterlander 500

100+/year

Irish Setter 400

Braque d'Auvergne 325

Vizsla 200

*Blue Picardy Spaniel 100

Fewer than 100/year

*Picardy Spaniel  85  

*Saint Usuge Spaniel 73

*Braque du Bourbonnais 65

*Braque Saint Germain 64

Cesky Fousek 40

Wire-haired Viszla 40

Portuguese Pointer 20

Bracco Italiano 18

Large Munsterlander 16

Irish Red and White Setter 10

GLP 15

*Pont-Audemer Spaniel 23

*Braque de l'Ariège 10

Pudelpointer 10

Spinone 9

Drentse Patrijshond 8

Slovakian Rough-haired Pointer 2

Burgos Pointer 2



On average, French breeders register over 15,000 pointing dogs every year, and some of the French breeds are doing very well. The Brittany is in the top 30 list of all breeds worldwide and the second most popular gun dog in France. The Griffon, French Spaniel and Braque Français seem to be in reasonably good shape as well. But over half of all French pointing breeds, 6 out of 11, register fewer than 100 dogs per year, a number generally agreed to be the minimum for a breed to remain viable. Worldwide, it is estimated that among all breeds of dogs, 17% have fewer than 100 registrations per year. Among the French pointing breeds, it is over 50%. What can explain such massive discrepancies? Why are some French pointing breeds in good shape and others just barely hanging on?

Could it be that some breeds are simply better than others? I don't think so. I wrote my views on that issue here and here and concluded that "If we really want to understand why a breed is the way it is today, we have to look at history, geography, politics, breed clubs, registries and a bunch of other things, most of which are totally unrelated to how it actually performs in the field as a hunting dog."

Is it because of the declining number of hunters in France? Maybe. The graph below shows a relatively rapid decline of hunter numbers in France over the last 40 years, and a massive increase in the overall number of dogs registered (all breeds). Meanwhile, in comparison, the number of pointing dogs remained more or less stable but declined as a percentage of overall registrations. In 1970, nearly 10% of all dogs registered in France were pointing dogs. By 2016, that number had dropped to just over 2%. 

If we dig a bit deeper into the numbers, we start to see evidence that the decline of some breeds may indeed be due to the decline in hunter numbers in France. The graph below shows average annual registrations in France for the most popular French and English pointing breeds. It reveals that since the late 1990s, most of the French pointing breeds, including the Brittany, have seen their numbers decline at an increasing rate. Among the British and Irish breeds, the Pointer has also seen a decline, but the English setter continues to outpace all other breeds, overtaking the Brittany as the most popular gundog among French hunters in the early 2000s. Today, the English setter, classified as a "vulnerable breed" in its homeland, is the 19th most popular of all breeds in the world!



As I argued in a previous article, once a breed reaches a certain level of popularity (economists might call it 'market penetration') it generates a tremendous amount of sales momentum just by being popular. And that momentum can build to a point where a single breed can gain a near monopoly in the market. This appears to be the situation with the English setter in France and elsewhere in Europe. For over 100 years, in every corner of France, French hunters looking for a pointing dog almost certainly had friends and/or family members that owned Setters and probably even knew someone in their local area with a litter of Setter pups for sale. So why would those hunters chose any other breed, let alone a rare breed that they'd never even seen before? After all, some French breeds are so little-known that even in the region in which they were developed, many locals have never even heard of them. When my wife and I visited Pont-Audemer (Normandy, France), the town for which the Pont-Audemer Spaniel was named we were shocked to realize that none of the residents we met there had ever seen a Pont-Audemer Spaniel and most of them did not even know there was such a breed. I've heard similar stories from friends visiting other regions of France where they expected local hunters to at least know about the regional breed. Instead, what they found were men and women too busy with their English Setters to pay any attention to the braque or épagneul "du pays".

Finally, here is one more graph. It shows the average annual registrations for the rarest of the French pointing breeds between 1969 and 2016. The first thing that stands out is that rare French breeds seem to be prone to boom-and-bust cycles where every few years their numbers increase, only to nose dive a short while later. Of course the highs and lows simply reflect the fact that an additional litter or two in any given year for a breed registering fewer than 100 dogs per year can mean an immediate jump of 20% or more. But it also suggests that breeders of the rarer breeds produce litters only occasionally and very few of the folks purchasing their pups end up starting their own breeding programs afterwards. 




Something seems to have happened in the 1990s and early 2000s. In the first half of the 1990s, programs to save the Braque de l'Ariège and the Saint Usuge Spaniel were formally established and efforts that had begun in the 1970s to revive the Braque du Bourbonnais were paying off. Even the Pont-Audemer Spaniel and the Braque Saint Germain seemed to be on the rise at the time. However near the end of the 1990s and then into the early 2000s, most pointing breeds saw their numbers decline. 



But there were a few outliers. In the early 2000s, as most French pointing breeds began to struggle, the Saint Usuage Spaniel, a breed not even recognized by the SCC until 2002, overtook three much older French breeds. In addition, the Blue Picardy's numbers continued to rise throughout the 1990s, but leveled off after 2000 and started to decline around 2010. Then, in 2015, the Picardy Spaniel's numbers surpassed those of the Blue for the first time since the early 1990s. In fact, 2017 may have been a record year for the Picardy with over 200 registrations for the first time in its history.



So how did a few rare French pointing breeds manage to increase their numbers while most of the others declined? In my next blog post, I will offer one possible explanation. If I'm right, it may offer hope for the breeds that continue to struggle. Stay tuned for Part Three.